19 novembre 2009
Côté polar

Il y a quelque temps, un concours de nouvelles proposait d'écrire une nouvelle qui commencerait par ces mots : La dame d'un certain âge qui lit France Soir dans un coin du compartiment est une dame comme toutes les dames d'un certain âge, à l'exception toutefois qu'elle porte des chaussures d'homme.
N'ayant pu envoyer ma nouvelle dans les délais impartis et celle-ci étant, de toute façon, trop courte pour remplir les conditions exigées par le règlement (une dizaine de feuillets), je vous propose d'en prendre ici connaissance… Le titre en est :
Le rêve était presque parfait
La dame d'un certain âge qui lit France Soir dans un coin du compartiment est une dame comme toutes les dames d'un certain âge. A l'exception toutefois qu'elle porte des chaussures d'homme.
Clara se tourna vers Marcel, avide de lui communiquer sa découverte. Mais Marcel s'était endormi, et elle savait qu'il aurait été de la dernière imprudence de réveiller son vieil oncle alors qu'il était dans les bras de Morphée. Elle ignorait qui était Morphée, sans doute quelque dame que Marcel avait connue dans sa jeunesse et dont il aimait régulièrement évoquer la mémoire, oui, elle avait dû être sacrément jolie la dame pour que Marcel s'endorme encore aujourd'hui dans ses bras, virtuellement s'entend — Clara était assez grande pour comprendre ce que signifiait virtuel, c'était d'ailleurs l'un de ses adjectifs préférés, du moins en ce moment, il faisait partie de ceux qu'elle avait récemment découverts et adoptés. Clara avait beau n'être âgée que de six ans et trois semaines (ces dernières étant les plus importantes puisqu'elle venait de les passer avec Marcel à l'Hôtel de la Plage, rien qu'eux deux, c'était la première fois que Marcel emmenait sa petite nièce en vacances), elle pouvait se vanter de posséder déjà une jolie collection de mots dont la plupart, elle en était persuadée, échappait à l'entendement de ses congénères.
Enfants stupides, dégénérés, insupportables… marmonnait Marcel dans sa moustache à la vue des gamins qui, dans la salle à manger où se réunissaient chaque soir les pensionnaires de l'hôtel, leur jetaient des regards à la dérobée, pouffant de rire, les joues gonflées d'énormes bouchées de nourriture qui finissaient tôt ou tard par franchir la barrière de leurs lèvres et se répandre en un cataclysme de bouillie sans nom. Marcel détournait les yeux, la face traversée d'un irrépressible frisson de douleur. Imperturbable, Clara portait à sa bouche une cuillerée de soupe qu'elle lapait en silence, souriant à demi et très fière de faire honneur à Marcel.
Un homme important, Marcel. Ainsi, quand ils avaient croisé à plusieurs reprises des inconnus bien mis qui, à leur vue, avaient soulevé leur chapeau.
— Ils nous connaissent ? avait demandé Clara en serrant plus fort la main de son oncle.
Marcel hochait la tête avec un demi-sourire.
Il y avait eu un soir, alors qu'elle était profondément endormie, où elle avait brusquement ouvert les yeux pour découvrir qu'elle était seule dans la chambre. Le petit bureau où son oncle avait l'habitude de s'asseoir pour écrire semblait avoir été encore occupé la minute d'avant.
Clara s'était levée et avait fait le tour de la chambre, se risquant sur la terrasse où elle avait appelé Marcel à mi-voix. En vain.
Dépitée, elle était retournée se coucher ; mais, comme elle avait la conscience en paix et ne doutait de rien, elle s'était immédiatement rendormie.
Le lendemain matin, Marcel était dans son lit comme d'habitude, et comme d'habitude il dormait bouche entrouverte, laissant échapper un de ces petits ronflements qui amusaient tant Clara.
Celle-ci avait déjà oublié la veille et, s'il lui était venu l'idée de poser des questions, le soleil, la plage et les glaces à l'eau l'en auraient bien vite détournée.
Elle adorait son oncle, même si elle n'était pas toujours sûre qu'il fût vraiment son oncle.
Jetant un dernier regard à Marcel toujours endormi, Clara se glissa sans bruit hors du compartiment dans l'espoir de rencontrer une bonne âme qui voulût bien lui prêter une oreille attentive. La dame qui lisait France Soir dans son compartiment portait des chaussures d'homme ! Certainement, elle allait trouver quelqu'un à qui raconter ça, elle dégustait déjà ce moment comme les glaces sur la plage.
Clara avance à petits pas dans le couloir désert. Aucun bruit ne lui parvient, que le ronronnement régulier du train. Les portes des compartiments soigneusement refermées ne laissent rien filtrer et elle a beau écarquiller les yeux pour tenter de distinguer quelque signe de vie à travers les rideaux opaques tirés sur les vitres, pas moyen de voir quoi que ce soit.
On croirait le château de la Belle au bois dormant !
A suivre
© alicetlesmots
30 octobre 2009
Que d'eau ! (etc)
J'ai eu dernièrement l'occasion de contribuer au blog solidaire Eau Pour Sol En Si,
en écrivant ce texte pour accompagner la photo de Marion

ressac et tourbillons
dans l’eau qui court j’ai vu à mes pieds tout un monde
têtards vie grouillante le froid des cailloux gris
écorchure mais j’en ris
un pas de côté
grenouille je suis grenouille je fuis
oh ! gouttelettes lumière orteils qui luit
et cette eau
je fuis je suis je m’égare gare
tourbillons et ressac sur mes chaussures
de marque
(un poisson qui frétille
une carpe qui s’égosille
dans son langage-carpe :
ah ! bah, ah ! bah, ah ! bah
— tu joueras la grenouille
un saut dans l’eau de là)
allô ? allô ? allô ?
© alicetlesmots 2009
28 septembre 2009
LOUPS
Nantes, été 2009. J’ai perdu ma mère-grand. Petit chaperon chagrin, j’arpente sans les voir les rues de villes-corridors, de villes-labyrinthes, de villes-forêts obscures hantées par les fantômes d’une enfance envolée.
Je ne crois pas au hasard, et ce qui, ce jour-là, guide mes pas vers le Château des ducs de Bretagne ressemble, de prime abord, à une solide programmation estivale, soutenue par un non moins charpenté plan média. Au menu : des œuvres et créations la plupart estimables, certaines talentueuses, disséminées le long de l’estuaire entre Nantes et Saint-Nazaire.
Mais ce qui m’arrête aux abords du Château, ce matin du mois d’août, ce n’est pas l’estime, ce n’est pas l’admiration. Car à cet endroit-là, plus exactement dans les douves asséchées exprès pour l’occasion, un petit malin a imaginé, sous prétexte de « faire vibrer une part de Moyen Age en y intégrant du sauvage » (sic) de parquer quelques descendants d’Ysengrin. Histoire de donner à ceux que les reality shows n’auraient pas suffi à combler un frisson décalé.
On peut se demander si, en matière de « sauvage », c’est vraiment du côté de ces pauvres hères alanguis qu’il fallait regarder. S’il n’y a pas eu quelque part une erreur de casting. Et si, monsieur l’artiste, puisque c’est ainsi que vous vous désignez, vous n’auriez pas plutôt, dans ce cul de basse-fosse, laissé à d’autres votre place ?
J’aurais assez aimé, je crois, d’en haut vous observer — vous, digne représentant de cette part de « sauvage » que chacun d’entre nous, hélas, porte en lui. Et qu’il sait si bien révéler lorsque d’aucuns, hommes ou bêtes, échouent entre ses mains.
« Au temps où les bêtes parlaient, rapporte Luda Schnitzer dans Ce que disent les contes (éditions du Sorbier), le Loup était l’image du seigneur féodal : fort, brutal et peu intelligent. »
De quoi, de qui, aujourd’hui, ces bêtes avilies, sans ressort et l’œil terne sont-elles le reflet ? Du sauvage, hélas, elles n’ont plus que le souvenir. Leur ennui manifeste et, plus encore, leur malheur tendent à ceux qui les regardent un miroir plus terrible que celui de Blanche-Neige. Ils me font penser à ceux qui aujourd’hui dorment sous nos fenêtres, à nos portes, dans nos rues et qui n’ont plus d’autre ressource que de … montrer les dents.
Exposer des loups — et inviter chacun à s’accoter complaisamment contre un chemin de ronde, les pieds au sec dans ses petites chaussures bien cirées, ses sandales Campers, ses tongs écolos, le visage offert au soleil du mois d’août…
Exposer des loups, et donner à voir, à contempler sans fausse honte et surtout sans danger (car il n'est pire danger que de s'impliquer) ce sur quoi, dans la rue, on se retourne à peine : la misère, l’impuissance, le renoncement à la liberté et à la dignité…
Excusez-moi, vraiment, mais parfois, je crois que je voudrais être un loup, un vrai. Pour mordre.
Il était une fois une ville où des dents carnassières… je vous laisse continuer.

14 septembre 2009
Un espace pour être lu, un pour écouter… et 23 autres pour ouvrir grands vos yeux !

Vous aimeriez parfois fixer sur le papier ces moments vécus, trop brefs, qui nous échappent… mais vous ne savez pas à qui les adresser ?
La Revue des 100Voix renouvelle son appel continu à rédaction et attend de courts récits vécus singuliers (400 mots maximum, soit environ 2500 signes) pour son édition bi-mensuelle.
Aucun sujet imposé, ni coupe, ni censure dans les limites définies dans la charte de publication. Cette revue, au tarif unique de 1 €, sera publiée grâce au soutien de partenariats associatifs et diffusée par un réseau de librairies-partenaires.
Et aussi…
Je me fais aborder dans la rue par un gentil jeune homme à lunettes : "Je suis un saxophoniste de New-York, je donne un concert mercredi soir…". Il me tend un papier, il est à bicyclette, je ne vois pas le saxo mais il a dû rester au chaud à la maison (c'est vrai qu'aujourd'hui ça sent l'automne, pas ?). C'est gratuit, je vous en fais profiter : The United Notions au Grain Magique, 69, rue Croulebarbe dans le 13ème arrondissement à Paris. C'est près de la Mouff' et c'est de 19 h à 21 h, au programme : soul-jazz, funk et bossa… miam !
Et encore…

Une vingtaine de lieux parisiens (galeries, librairies, musées, centres culturels) consacrent leur espace d'exposition exclusivement aux femmes, le temps d'une saison… Ça vient de commencer et ça continue jusqu'en novembre, histoire de se faire une idée plus précise sur la contribution des femmes à l'art contemporain. FémininPluriel/Le parcours 2009. Entre autres à la Halle Saint-Pierre, au Centre Culturel Wallonie-Bruxelles, à la librairie Violette and co, à la Heart Galerie… où vous trouverez un petit plan du parcours et une liste des lieux d'expo. Go !
02 septembre 2009
Du pain sur la planche…
Encore un concours de nouvelles !…
Vous avez jusqu'au 5 novembre 2009 pour 'envoyer une nouvelle de 10 000 caractères maximum sur le thème : « La vengeance ».
Les textes seront lus par un jury de professionnels de l’écriture.
A gagner : 350 €, un stylo Mont-Blanc, l’édition de votre propre livre, 150€ de chèques cadeaux, des ouvrages, des livres audibles, des logiciels, des abonnements magazines…
Renseignements et inscriptions ICI
25 août 2009
De vos nouvelles

Coucou, la revoilou !… Pour finir l'été en beauté, un petit concours de nouvelles parmi ceux sélectionnés sur le site Bonnes Nouvelles. Pourquoi ce concours-là parmi tant d'autres ? Parce que son nom est rigolo. Parce que ceux qui ont bougé pendant les vacances auront sûrement des choses à raconter (les autres inventeront, on est là pour ça…). Et aussi parce qu'on n'a pas tous les jours l'occasion d'écrire une micro-nouvelle… (vous verrez, ça n'est pas si simple).
Alors, tentés ?
Concours de nouvelles L’iroli 2010
Thème imposé : Une rencontre en voyage.
TROIS catégories : "Micronouvelle Adulte", "Micronouvelle Lycéen" et "Haïbun" (courte nouvelle comprenant un ou plusieurs haïkus… le haïku, comme chacun sait, est un court poème d'inspiration japonaise).
Date limite d'envoi : 15 janvier 2010.
Le texte ne doit pas dépasser 575 mots et être original, inédit et libre de droits.
Un seul texte par participant.
Les prix vont de 50 à 300 euros. Les 15 meilleures nouvelles seront publiées au sein d'un recueil édité par les éditions Liroli.
Frais de participation : 10 euros.
Pour le règlement complet, cliquer ICI.
20 juin 2009
Poésie
Visite rituelle au Marché de la Poésie… j'en profite pour vous recommander ce livre, dont le titre se passe de commentaires.
Quant à la manifestation, c'est jusqu'au 21 juin Place Saint-Sulpice à Paris 6ème. L'occasion de voir de près les publications de tous ces éditeurs venus des quatre coins de France…
08 juin 2009
ECRIRE DANS UN JARDIN

Oui, je sais : j'ai pas mal délaissé ce blog, ces derniers temps… Pour me faire pardonner, je vous propose de venir écrire avec moi au Parc de Bercy, samedi prochain. Le 13.
(Ça me fait penser que j'ai un anniversaire à souhaiter…)
"Ecrire dans un jardin", atelier d'écriture, samedi 13 juin de 10 h 30 à 13 h.
Plus d'info : contacter Alice et les mots via boitealice@gmail.com
(promis : il va faire BEAU !)
12 mai 2009
Atelier au Théâtre de la Colline
J'ai participé dernièrement à un atelier de critique théâtrale organisé par le Théâtre de la Colline, autour de La Cerisaie (Tchekhov). Ces ateliers ont lieu régulièrement, la seule condition est d'avoir vu avant la pièce en question.
La première partie de l'atelier donne des outils pour affiner son regard de spectateur , la 2ème offre à chacun l'occasion d'écrire sa propre critique de la pièce qu'il a vue. Une expérience que je recommande à tous les passionnés de théâtre et à ceux qui ont envie d'être autre chose que des consommateurs…
Pour en savoir plus, c'est ICI.
07 mai 2009
Rendez-vous
Pour les Parisiens et siennes…
mardi 12 mai à 19h00
FICTION, HISTOIRE ET FAITS DIVERS : LES ÉCRITURES DU PRÉSENT
dans le cadre du
CYCLE « ÉCRITURE, ÉCRITURES »
en partenariat avec les Bibliothèques de la Ville de Paris et Paris Bibliothèques
avec la participation d’Anne ABITBOL, Geneviève BRISAC, Philippe BESSON et Paule CONSTANT
présentation Michèle GAZIER
La création littéraire, cinématographique, artistique se nourrit souvent de passé. Nombreuses sont les œuvres de fiction qui partent à la recherche d’un temps perdu où s’enracine la mémoire, où a germé le présent. Écrire le passé pour comprendre le présent, savoir d’où l’on vient pour aller de l’avant. On attribue plus volontiers l’écriture du présent au journalisme. Le journaliste témoigne, raconte, saisit cette histoire immédiate qui, à défaut d’avoir le label d’Histoire majuscule, s’appelle souvent événement ou fait divers. Pourtant, il est des écrivains, des cinéastes, des photographes que l’aujourd’hui intéresse et qui nous le donnent à voir et à comprendre, dépassant la simple anecdote, le terrible événement ou le travers de société qui a retenu notre attention. Leurs œuvres parfois violentes, souvent cruelles, éclairent notre chemin.
Bibliothèque Flandres 41, avenue de Flandres 75019 PARIS
métro : Riquet
entrée libre et gratuite
réservation souhaitée au 01 42 96 34 98





